La série Little fires everywhere ou différentes visions de la maternité

by Loriane
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Attention ne lisez pas cet article avant d’avoir regardé la série, car il sera plein de spoils!

Les premières images de promo sont apparues sur mon feed Instagram au travers des posts de Kerry Washington mais c’est Tssipora de “Tant que je serai Noire” qui a achevé de me donner envie de regarder cette série. Vous pouvez d’ailleurs retrouver sa revue de la série.

Le pitch

Mia Warren est une artiste qui déménage régulièrement avec sa fille de quinze ans Pearl. Elles débarquent à Shaker heights, petite ville de l’Ohio et se font héberger par Elena Richardson mère de famille bien sous tous rapports et travaillant à mi-temps dans le petit journal du coin. Les enfants des deux femmes se rapprochent de plus en plus alors que la méfiance entre les deux mères grandit au fur et à mesure des épisodes. Pourquoi Mia change-t-elle de ville tous les deux mois? La famille d’Elena est-elle aussi parfaite que ce qu’elle veut faire croire dans les cartes de voeux qu’elle envoie à la fin de l’année?

Les acteurs et les personnages

J’avais déjà beaucoup apprécié le rôle que Reese Witherspoon jouait dans la série Big little lies, c’est carrément le même genre de personnages et il faut dire qu’elle le campe à merveille. Elena est Blanche, issue d’une famille riche, a 4 enfants, 2 filles et 2 garçons, qui ont un écart d’âge réduit. Ils fréquentent tous le lycée dans lequel s’inscrit la fille de Mia. Plusieurs sujets de société y sont abordés mais celui du racisme revient dans plusieurs épisodes. L’aînée de la fratrie, Lexie, a un petit ami Noir mais comme sa mère ne voit pas les couleurs. Ce qui finit par poser un problème dans leur relation. Elena est remplie de préjugés et propose d’ailleurs rapidement à Mia incarnée par Kerry Washington de l’aider dans la gestion de sa maison, comme une gouvernante. Les versions jeunes des personnages principaux m’ont parues très convaincantes et j’ai beaucoup apprécié leur interprétation. Les adolescents avaient essentiellement des problématiques d’adolescents (amour, premiers émois, côte de popularité, bal de promo…) mais pas que. En gros les personnages étaient réalistes, pas forcément attachants, et le casting est au top.

Qu’est-ce-qu’une bonne mère?

Les deux personnages principaux de la série, Mia et Elena, sont chacune persuadée d’être une bonne mère. Pearl vit mal ses déménagements successifs et le silence assourdissant de sa mère quand elle l’interroge sur son père et sa naissance. Une bonne mère cache-t-elle tout un pan de son histoire à son enfant en lui mentant sur ses origines? Elena a une relation conflictuelle avec sa dernière née un peu rebelle et artiste, ce qui la rapproche de Mia. Elena est clairement davantage attachée à l’image que sa famille renvoie, qu’à la réelle cohésion au sein de cette dernière. On évoque le fait de garder un enfant qu’on ne désirait pas et que l’on considère comme l’enfant de trop, celui qui a mis un frein à une carrière dont on rêvait. Il est également question d’interruption volontaire de grossesse. A quel point nos enfants nous font-ils confiance pour nous raconter leurs vies et réclamer notre présence à leurs côtés pour les aider à traverser leurs épreuves? Quelle pression mettons-nous sur eux pour la réussite de leurs études, l’admission dans de grandes écoles, la performance au sport ou à la musique? Et quelles conséquences cela entraîne-t-il?

Un des sujets qui cristallisent l’opposition entre Mia et Elena se revèle lorsque Mia découvre que la fille de sa collègue Chinoise Bebe que cette dernière a abandonnée alors qu’elle n’avait pas les moyens de s’en occuper (et qu’elle faisait peut-être une dépression post-partum) a été adoptée et renommée par un couple d’amis proche d’Elena et son mari. Qui est la mère de May-Ling alias Mirabelle? Celle qui l’a conçue, lui a donné la vie, l’aime, l’a abandonnée mais souhaite aujourd’hui la récupérer. Ou celle qui l’a recueillie lorsqu’il n’y avait personne pour s’occuper d’elle, l’a nourrie et a veillé sur elle pendant plusieurs mois, mais ne prend pas en compte ses spécificités ethniques qui ne sont pour elle qu’anecdotiques?

C’est bien la question de l’adoption transnationale sur laquelle la réalisatrice Amandine Gay sensibilise beaucoup sur les réseaux sociaux et sur laquelle devrait porter son prochain film. Pour aller plus loin sur ce thème je vous recommanderais d’écouter l’ épisode 2 du podcast Le cul entre deux chaises et l’épisode 41 du podcast Kiffe ta race ” Où est la voix des adopté.e.s?

A la fin de la mini-série qui ne compte que 8 épisodes, on découvre que la raison pour laquelle Mia défend autant Bebe et son droit à élever sa fille, c’est parce qu’elle avait accepté d’être mère porteuse alors qu’elle n’était qu’étudiante, et qu’elle aurait dû laisser Pearl à ses parents biologiques, comme convenu. Aujourd’hui, après avoir aimé et élevé cet enfant non pas “comme sa fille” mais ” en tant que sa fille”, est-elle vraiment la mère de Pearl?

Cette série m’a sincèrement bouleversée dans tous les questionnements qu’elle pose au regard de la maternité. Je suis moi-même dans une phase de ma vie où je me pose beaucoup de questions, avec mon petit, mais aussi avec mon grand de neuf ans qui approche lentement mais sûrement de l’adolescence.

La série est disponible depuis ce mois-ci sur Amazon prime. Je la recommande vivement.

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2 comments

dia 28 July 2020 - 13 h 31 min

y’a beaucoup de spoils madame !

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Loriane 28 July 2020 - 13 h 42 min

Ahah oui j’avoue! Je vais t’écrire pour avoir ton avis dessus.

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